14 mars 2012

Ni responsable, ni coupable

Publié dans Mise à jour tagged , , à 09:52 par nmheclosions

Le 4 mars 2012, une catastrophe de plus a emporté de nombreux congolais après l’explosion d’un dépôt d’armes dans un quartier très peuplé de Brazzaville (Mpila). Le 11 mars 2012, une partie des morts a été inhumée après une grande cérémonie organisée à l’occasion.

Merci à la Nation de nous permettre d’enterrer nos morts dignement. C’est ce que la Nation attend de nous, une reconnaissance aux efforts qu’elle fait. Mais alors, qu’attend le peuple ?

Le peuple attend juste des excuses de quelque autorité publique, militaire, civile que ce soit, qui reconnaisse la bêtise qui a consisté à stocker des armes dans des endroits habités par une population qui souvent n’en réalise même pas le danger. Et… rien. J’ai attendu, attendu, huit jours,  jusqu’au dernier discours de la cérémonie des obsèques nationales, rien. Personne n’a demandé pardon aux familles éprouvées, au peuple ! J’en suis restée ébahie et je n’attends plus rien de cette prétendue enquête.

J’ai regardé les informations à la téllévision, écouté les radios nationales, locales, aucune information qui tienne la route. C’est Radio France Internationale (RFI) qui nous donnait des informations. Après, la presse congolaise va encore s’offusquer de constater que la majorité des congolais écoute RFI. Je me pose souvent cette question, les journalistes  congolais font-ils de l’auto censure ou ne connaissent-ils pas leur métier ?  Ce que j’ai vu sur nos chaîne de télévision, c’est le défilé des bienfaiteurs qui se disputaient la palme du meilleur donateur. Il fallait entendre le chapelet des personnalités, des associations, des entreprises… Aucun vrai reportage qui montrait la réalité sur le terrain,  celle des sinistrés dans les camps de fortune, expliquer ce qui se passe. Pas de victime pour dénoncer le vol organisé qui se pratique actuellement avec les différentes aides venues de partout.

Merci la Nation ! Le peuple vous remercie !

8 mars 2012

(Journée de) Fête ou réflexion ?

Publié dans Mise à jour à 18:00 par nmheclosions

La Journée mondiale de la femme se célèbre tous les 8 mars et chaque année il y a de quoi se demander si cette journée est une fête qui célèbre la femme ou une journée pour que les femmes fassent un état des lieux  concernant leur condition au sein de leur société ? Il y a de quoi créer la confusion lorsque je regarde les différentes activités qu’organisent les femmes dans la société congolaise et les priorités qu’elles s’accordent ce jour-là.

C’est devenu une dictature chez nous en République du Congo, car chaque employeur doit offrir un pagne à chaque femme qui fait partie du personnel. En plus de cela, il devra “libérer” les femmes de la journée pour qu’elles s’adonnent à des activités diverses qui ne regardent que les femmes. Gare à l’employeur qui ne s’exécutera pas, il risque de se rendre impopulaire et devoir gérer des femmes en colère. Il risque gros puisque même au plus haut niveau on lui sortira des textes officiels qui décrètent que ce jour là, les femmes ne travaillent pas, à la limite, elles s’amusent.

C’est là que moi en tant que femme, je suis gênée. Comment alors que nous voulons que l’humanité entière nous respecte et nous considère comme des êtres humains à part entière, nous choisissons de refuser de travailler parce que nous avons besoin de nous amuser entre femmes. Il est donc normal de déserter le lieu du travail, toute une journée, sans mesurer l’impact de cette décision sur soi-même et sur l’entreprise à laquelle on appartient.  N’est-ce pas là la preuve que certaines femmes n’ont pas compris, elles-mêmes,  ce qu’elles sont et ce qu’elles représentent pour l’entreprise ?

Ce qui me réconforte depuis deux ans c’est le fait qu’une partie du personnel féminin de l’entreprise à laquelle j’appartiens a compris que le 8 mars est une date importante pour les femmes, mais ce n’est pas pour cela que nous allons tout arrêter. D’autant plus que la majorité des postes est tenue par les femmes du moins au niveau administratif et financier. C’est pour nous une occasion de nous valoriser et de démontrer que notre présence est la preuve des avancées que les femmes souhaitent dans toutes les sociétés.

3 août 2010

50 ans et trop jeune (encore)

Publié dans Mise à jour tagged , , à 18:12 par nmheclosions

Dans quelques jours, nous allons fêter les 50 ans de notre indépendance et je peux vous assurer que les villes du Congo sont sens dessus dessous. Les chantiers naissent ici et là, tout est fait de sorte qu’aucune tache ne soit visible afin que nous soyons dignes de fêter les noces d’or de notre liberté.

Je vais commencer par ceci. C’est avec beaucoup de respect Logo cinquantenaire que j’arbore ce logo du cinquantenaire de notre indépendance. C’est une œuvre que je respecte parce que quelqu’un a travaillé pour le concevoir. C’est un symbole choisi parmi tant d’autres, puisque si je ne me trompe pas il y a eu un appel à candidature et c’est cette œuvre qui a été choisie. Je ne veux pas faire de la mauvaise fois. Chapeau bas l’artiste.

En circulant dans la ville, on peut constater une grande agitation de dernière minute (comme on sait bien le faire en de telles circonstances). Des travaux de marquage au sol dans ce que nous appelons les avenues ici, les peintures aux murs de certains bâtiments, l’exigence de dessiner ou de poser un drapeau congolais devant les commerces, l’installation des fils pour le circuit électrique, bref, c’est toute la ville qui est en chantier. Mais si on regarde de près, c’est juste de la poudre aux yeux. C’est encore la matérialisation des devis faits à la va vite pour justifier la sortie d’énormes sommes que certains vont empocher sans scrupules.

Entre temps le congolais moyen continuera à assister à la mise en scène de sa vie orchestrée par certains, toujours les mêmes. On nous vante 50 ans d’indépendance. Mais à côté, le système éducatif se meurt, celui sanitaire n’existe plus, les infrastructures sont toutes vétustes, sinon inexistantes. L’eau et l’électricité sont des denrées très rares qu’on continue de payer sans en recevoir en retour.

Même les médias s’y sont mis (dans la bêtise) lorsque sur toutes les chaînes de télévision, de radio et dans la presse écrite on nous retrace de prétendus bilans sur les 50 ans de musique, de sport, de culture, de mode, de vie, etc. Donc, le Congo n’a jamais existé avant cette fameuse indépendance. Il n’y a jamais eu une expression de la vie au Congo avant 1960.

Nous admettons donc que nous avons commencé à faire quelque chose, à vivre le jour où notre colonisateur avait admis que nous pouvions devenir des êtres humains. Ainsi, depuis 50 ans nous sommes enfin devenus ce que nous sommes aujourd’hui.

 Si c’est le cas, je comprends alors que nous soyons dans cette situation de sous humanité, puisque comme tout le monde s’accorde à le dire par ici, 50 ans c’est très peu pour réaliser quelque chose d’intéressant. Voilà, nous avons trouvé notre consolation. Nous sommes de trop jeunes Etats qui se cherchent encore. Prenons notre temps ! Un jour, lorsque nous aurons plus d’années de vie, nous atteindrons l’excellence des autres. D’ici là, marchons courageusement vers l’avenir.

7 mars 2010

L’égalité des sexes en question

Publié dans Mise à jour tagged à 23:59 par nmheclosions

On peut dire qu’il est temps que l’égalité des sexes devienne une réalité. Cela fait déjà cent ans que les femmes essaient chaque 8 mars d’assiéger différents lieux pour rappeler qu’elles sont là et que leurs conditions de vie et de travail ne sont pas satisfaisantes.

Chaque 8 mars, les hommes reviennent toujours sur cette boutade qui voudrait tourner en bourrique les femmes et leur rappeler que c’est une idiotie de laisser les hommes occuper le terrain durant 364 jours pour n’en choisir qu’une seule. Cette boutade est en fait révélatrice d’une réalité puisqu’il est vrai que de nombreuses femmes vivent dans des sociétés où elles agissent tous les jours, mais personne ne les voit puisqu’elles accomplissent des tâches certes nobles, mais qui ne sont pas reconnues comme telles.

Voyez-vous, d’après les études de l’organisation de coopération et de développement économique (OCDE) les femmes africaines constituent près de 70% de la force agricole du continent et elles produisent à peu près 90% des denrées alimentaires. Le taux d’activité des femmes africaines, soit 61,9%, serait supérieur à celui des autres régions du monde. Ce qui fait que les femmes travaillant dans le secteur informel et dans des postes de moindre qualification est très élevé en Afrique, puisque seules 8,5% de femmes sont salariées dans le secteur non agricole.

Ces deux réalités montrent bien que les femmes ont encore du chemin à parcourir pour que leurs conditions de vie et de travail s’améliorent. Mais pourquoi alors qu’on parle de Journée Internationale de la femme, d’autres parlent de fête de la femme. Le 8 mars serait-elle une journée de fête ? Pour qui et pour quoi ? Que fête-t-on lorsqu’on a peint un tableau aussi obscur sur les réalités des femmes sur notre continent ?

Il s’agit ici d’interpeler certains groupements de femmes qui peuvent constater par elles-mêmes que leur travail de sensibilisation et de communication sur les problématiques des femmes est un échec. On a compris fête là où il fallait comprendre prise de conscience, bilan, prise de décisions pour une vie meilleure pour toutes les femmes.

Vous allez me dire que je joue les rabat-joie, pourquoi je m’en prends à ce qui est un moment de réjouissance ? Alors que la majorité de femmes se sont mises sur leur 31 avec les beaux pagnes qui ont été imprimés à l’occasion. Après les discours on va boire et manger et la vie est belle. Pourquoi s’en prendre à cette particularité africaine qui voudrait qu’on danse pour tout ?

Pourtant j’insiste, le 8 mars n’est pas une journée de fête, elle est une journée de réflexion et de prises de décisions pour que nous arrêtions, nous femmes de penser que nous devons êtres entretenues par les hommes. Que pour obtenir une promotion, nous devons passer par le canapé. Que nous ne sommes que des fleurs qui ne peuvent exister que si les hommes décident de nous procurer un peu de soins.

Or, depuis cent ans on célèbre le 8 mars pour dire à l’humanité que les femmes doivent êtres respectées au même titre que les hommes. Qu’elles sont capables de se prendre en main et de participer au développement de leur pays. Qu’elles peuvent exister sans être à l’ombre des hommes.

Mais il ne suffit pas de le dire, de le revendiquer, de faire des marches de protestation et encore moins de faire la fête. Il faut que les femmes agissent en conséquence parce que c’est l’évidence de leur efficacité, leurs compétences qui feront que peu à peu elles occuperont la place qui est la leur la société. Qu’elles aracheront les places qui leur reviennent. Ce qui est sûr c’est que les autres ne changeront leur regard sur les femmes que si elles-mêmes quittent les postures humiliantes qu’elles adoptent souvent.

Femmes agissez pour l’égalité des sexes et comme scandaient fièrement les membres de l’Union révolutionnaire des femmes du Congo (URFC) intégrez le fait que « Seule la lutte libère ».

3 décembre 2009

Lutte contre la corruption : slogan ou réalité ?

Publié dans Mise à jour tagged , à 23:59 par nmheclosions

Depuis quelques semaines, on nous dit que le gouvernement à lancé une campagne de lutte contre la corruption, la concussion et la fraude à Pointe-Noire. Cette initiative est la bienvenue puisque ces maux gangrènent le Congo entier.

Curieusement, rien de concret à l’horizon puisque les médias sont très silencieux à propos, c’est à peine si le congolais moyen sait ce qui se fait concrètement. Dans la ville, quelques banderoles posées négligemment ici et là, à peine visibles, et des messages difficilement compréhensibles. Un exemple : Halte à l’enrichissement sans cause.

Une commission serait à l’œuvre, mais pour l’instant aucun coup d’éclat. Les policiers continuent à racketter les automobilistes et ceux-ci conscients de ne pas être en règle passent leur temps à payer des pots de vin. C’est devenu presque un jeu du chat à la souris, puisque les policiers se communiquent les informations sur les véhicules en cause et les automobilistes connaissent la majorité des policiers à qui graisser la patte. Au point où j’ai moi-même assisté à une partie de corruption entre un policier de la route et un automobiliste ces jours-ci.

A bord d’un véhicule dont le chauffeur a été arrêté pour cause d’immatriculation non conforme, j’ai vu ce dernier sortir du véhicule pour aller discuter un moment avec le policier. La première tentative de corruption infructueuse parce que la somme proposée était trop petite, le chauffeur est revenu dans la voiture chercher de l’argent. Pour la somme de  5000 FCFA, on nous a laissé passer avec notre voiture portant une fausse immatriculation.

Il faut aussi dire que les messages véhiculés par cette campagne ne passent pas, au contraire ils font sourire le congolais moyen qui n’y voit qu’une campagne de plus sans aucun résultat. C’est ce que j’ai cru comprendre dans les propos de ce concitoyen qui nous a tenu en haleine durant tout le trajet que j’ai fait dans un bus du grand marché de Pointe-Noire vers le quartier Tchali. Pour lui, « Le congolais a trop de problèmes à régler et chaque jour il doit essayer de trouver des solutions pour survivre. Il ne peut pas en même temps se préoccuper de résister au besoin de corrompre puisque c’est seulement ainsi qu’il peut trouver une solution auprès d’un agent de l’Etat véreux bien sûr, mais qui lui apporte des solutions quand même ».

En attendant la fin de la campagne, la corruption, la concussion et la fraude continuent à faire les choux gras de certains et à maintenir en otages d’autres.

26 septembre 2009

Le Joola : 7 ans après l’accident, “j’ai soif de vérité”

Publié dans Mise à jour tagged à 23:59 par nmheclosions

Place du souvenir2 

En séjour à Dakar depuis quelques semaines, j’en ai profité pour me rendre à la cérémonie commémorant le naufrage du Joola survenu le 26 septembre 2002 (près de 2000 morts et seulement 64 rescapés).

“La place du Souvenir” a vu la présence des familles des disparus, des officiels, des religieux, des journalistes et d’autres personnes venues témoigner leur soutien aux familles des victimes.

 Je vais me passer de tout le tralala qui accompagne ce genre de cérémonie et me contenter de vous partager ce que Boubacar Ndieng a bien voulu me raconter. Cela fait 7 ans qu’il a perdu son épouse dans cet accident. Il est jeune, il parle calmement, mais je peux percevoir à travers ses propos et sa voix, la douleur qui habite toujours son cœur et les nombreuses questions restées sans réponses, depuis.

 « Je n’arrive toujours pas à m’expliquer ce qui s’est passé. J’ai toujours soif de vérité. Je me dis juste qu’il y a eu des négligences et un manque de secours. J’ai pourtant lu des rapports relatant ce qui a pu se passer, mais je reste sur ma faim. J’ai soif de justice. Il ne suffit pas d’indemniser les gens pour leur dire après que c’est fini. Il y a certes l’indemnisation, mais il faut en plus la prise en charge des personnes. Or dans ce qui a été fait, cette prise en charge est nulle. Il y a des orphelins qui attendent toujours cette prise en charge. La justice de notre pays ne veut ouvrir aucun dossier, ni châtier les coupables. C’est ainsi que s’il le faut, nous allons recourir à une justice internationale. Si notre pays nous refuse la justice, on sera obligés d’accueillir ceux qui peuvent nous offrir une justice en dehors du Sénégal.

On nous a fait signer des papiers qui attestaient que si on acceptait l’indemnisation, il nous fallait renoncer aux poursuites contre l’Etat sénégalais. Lui à son tour se chargerait de poursuivre les coupables. Mais depuis, rien ne s’est fait ».

Vue de l'assemblée

Vue de l'assemblée

27 août 2009

Tous écolos !

Publié dans Mise à jour tagged à 23:59 par nmheclosions

sac à provisions

De nos jours, pour faire bien, il faut afficher son attachement à l’écologie. Nous essayons tous de montrer à nos semblables que par des engagements aussi petits soient-ils, nous faisons attention à notre environnement. Gare donc à celui qui ne fait aucun effort, il portera la responsabilité d’asphyxier notre planète mère : la terre.

Il y a quelques jours, je suis arrivée à Dakar et comme il arrive souvent aux voyageurs distraits d’oublier des choses utiles, j’ai dû vite courir m’acheter ce qui me manquait et commençait à me poser un vrai problème.

Je suis allée dans une station service et là, j’ai eu la joie de voir mes achats finir dans un sac en papier, pas en plastique, comme on en voit encore dans certaines villes africaines qui ne veulent pas s’adapter aux nouvelles donnes environnementales. Pour ne plus se retrouver avec des sacs en plastique qui vont finir dans nos décharges à ciel ouvert pour une durée de vie interminable et donner l’image d’une ville crasseuse, certains commencent à faire des efforts. C’est le cas de ce vendeur de carburant dont je dois louer l’initiative.

Cependant, lorsque j’ai pris le sac et que j’ai lu ce que vous lisez aussi sur ces photos, j’ai ri jaune. Comment m’expliquer que pour deux petits sacs en papiers, je vais lui accorder la palme du respect de notre environnement, alors que je connais sa principale activité partout dans le monde ?

Comme quoi, n’est pas écolo qui le veut  et il ne suffit pas non plus de quelque slogan sur un sac à provisions pour le devenir.

slogan

12 août 2009

Solidarité ou arnaque (familiale) ?

Publié dans Mise à jour tagged , à 23:59 par nmheclosions

service_entraide

Grâce à la solidarité familiale dans de nombreux endroits en Afrique, certains ne manquent de rien puisque d’autres pourvoient. Cependant, cette solidarité est souvent à sens unique, ceux qui donnent un jour, sont priés de donner toujours. Mais eux, ne reçoivent parfois rien, même pas l’attention de leurs protégés. Pire encore, lorsqu’on regarde de près, cette fameuse solidarité prend parfois des allures d’escroquerie bien ficelée par ceux qui savent la manier.

Comme nombreux parmi nous le savent, il est de rigueur que celui qui a plus dans nos familles africaines, donne plus à ceux qui ont moins. Mais malheureusement, ceux qui ont la malchance d’être identifiés comme tels connaissent des fois un quotidien très stressant et rempli de solitude. Ils doivent penser à tout le monde, mais personne ne pense à eux. On peut même dire que les autres développent une sorte d’indifférence à leur égard au point où ils sont considérés comme des surhumains qui ne manquent pas d’argent et n’ont aucun souci personnel. Ils doivent rester forts, gentils, en bonne santé pour que les autres aient une belle vie. On pourrait dire sans exagérer que ces “riches” de nos familles sont des sacrifiés.

Il y a quelques jours, je découvre Nadine, une dame qui habite le même palier que moi en pleurs. Elle est fatiguée et n’arrive même plus à marcher. Je lui dis bonjour et là comme si elle n’en pouvait plus, elle se met à sangloter. Cela me surprend un peu parce qu’en général  c’est une femme très forte et dynamique.

Je l’aide à porter les sacs qu’elle avait jusque dans son appartement. Elle me demande de prendre un verre d’eau. Je décline l’offre, mais elle insiste et me demande de m’asseoir un moment pour entendre ce qu’elle avait sur le cœur.

Nadine me raconte tous les déboires qu’elle a avec sa famille qui la prend pour la bienfaitrice de tout le monde. Elle habite seule et en ce moment elle est malade. Cependant, personne n’arrive à entendre sa souffrance. Elle essaie de faire comprendre à tout le monde que depuis quelques semaines, elle vient d’apprendre qu’elle est atteinte d’un cancer. Elle est à bout de souffle, elle digère mal cette nouvelle. Mais personne dans sa famille ne l’appelle pour lui demander comment elle va et ce qui va se passer maintenant.

Si, une sœur et un neveu l’ont appelé, mais c’était pour lui demander de penser à eux parce que la rentrée des classes va bientôt arriver. En général c’est elle qui s’occupe de ce genre de chose. Elle me raconte à l’occasion que des fois, elle donne de l’argent pour ceci ou cela, afin de soulager les autres parce qu’elle pense avoir plus que les autres. Mais elle sait que certains en profitent bien. Elle pense même qu’il leur arrive d’inventer des besoins, question d’en soutirer un peu plus.

Je lui ai demandé pourquoi elle ne s’adressait pas directement à ceux qui en abusaient pour qu’ils arrêtent de la faire souffrir. Elle m’a répondu : « Je ne peux pas le faire parce que je n’en ai pas le courage. J’ai peur que cela soit mal interprété et que les autres pensent que je ne veux pas leur porter secours ».

On connaît certainement des tas d’histoires de ce genre, on n’y fait peut-être même plus attention, mais Nadine m’a fait pitié. Je voulais juste vous partager cette histoire, question de  faire un petit clin d’oeil à ceux qui subissent la même réalité. Ainsi va parfois la famille africaine ! Cependant, ça m’écoeure quand même de voir qu’une telle situation n’apporte pas que du bonheur dans nos familles qui ont pourtant la réputation d’être des lieux chaleureux.

30 juillet 2009

J’ai une peau foncée, mais je déteste !

Publié dans Mise à jour tagged à 12:58 par nmheclosions

Il y a quelques temps j’ai, au détour de causeries de femmes, entendu une connaissance nous raconter sa mésaventure à l’aéroport de Paris, de retour du bled. Elle serait une victime prise en flagrant délit simplement parce qu’elle était gentille. Elle portait dans ses bagages un colis interdit : des crèmes éclaircissantes.

Ma copine Prudence (je me suis d’ailleurs demandée comment avec un tel prénom elle pouvait se laisser prendre dans une telle affaire) rentrait du Congo après ses vacances. Arrivée à l’aéroport de Paris, une banale fouille de bagages révèle qu’elle possède des produits éclaircissants.

Comme nous savons bien le faire, Prudence commence à crier, à faire la grande gueule aux douaniers, prétextant que ces produits interdits ne lui appartennaient pas. On les lui aurait remis pour les porter à une compatriote. Ce qui est étonnant c’est le fait qu’elle avait une quantité industrielle de ces crèmes, disséminés un peu partout dans ses bagages.

Les douaniers très calmes lui expliquent qu’elle ne peut pas entrer en France avec de tels produits puisqu’ils sont dangereux et interdits depuis longtemps. Petit à petit, Prudence a commencé à baisser d’un ton, au point de ne plus rien dire du tout, puisqu’elle avait fini par comprendre qu’elle était dans de mauvais draps. Elle s’est rendue compte qu’il y a des choses qu’on peut réussir à faire passer dans un aéroport du Congo en payant les “haricots des enfants”. Mais réussir à  faire la même chose  en France est une autre affaire. Prudence, tente tout, le charme, les pleurs, les supplications, rien n’y fait. Elle est conduite dans un bureau où elle doit faire une déposition et payer les amendes salées qui vont tombent.

Je reviens sur cette scène que j’ai entendu relater il y a des mois parce que depuis, je me suis demandée pourquoi, malgré toutes les interdictions, ces saletés continuent à circuler ? En effet, les produits éclaircissants sont interdits de vente et d’utilisation depuis de longues années, mais lorsqu’on observe certaines personnes (hommes et des femmes) on se rend compte que la pratique qui consiste à se décaper la peau pour la rendre plus claire, reste en vigueur dans nos communautés africaines. On peut même dire que depuis, les réseaux clandestins se sont multipliés.

Alors, je me suis empressée de rappeler Prudence, puisque même si elle a nié ne pas être concernée par ces crèmes éclaircissantes, en la regardant, on voit bien que sa peau a subit quelques transformations dues à ces crèmes. Je l’ai rappelé pour lui demander pourquoi elle s’enduisait de ces produits dangereux. Elle m’a répondu « non, je ne me décape pas la peau, j’ai une peau claire depuis ma naissance. Je mets un peu de tube (comprenez, crème éclaircissante) dans mon lait de beauté pour ne pas perdre ma couleur parce qu’entre le calcaire, l’eau de javel qu’il y a dans l’eau ici, je risque de voir ma couleur changer ».

Il était difficile que je m’arrête là, j’ai alors posé la même question à un monsieur, oui, certains messieurs le font aussi. Gianni, m’a dit ceci : « Je le fais parce que je n’aime pas avoir une peau trop sombre. Je ne veux pas devenir blanc, c’est juste pour entretenir ma peau. Les blancs, lorsqu’ils vont se bronzer ce n’est pas pour devenir noirs. C’est juste pour ne pas être trop pales ».

Il y a d’autres femmes africaines que j’ai interrogé et qui se sont défendues par rapport au soupçon du dénie de couleur de peau qui circule autour de la question. Elles m’ont dit que non, c’est juste une question de choix personnel et d’esthétique. « Les femmes les plus appréciées par nos hommes sont celles qui sont claires de peau, alors il faut se rendre belle pour être choisie ».

Nous vivons dans un monde où la liberté s’est érigée en droit, il est donc inutile et déplacé de juger les personnes qui pratiquent ce sport. Cependant, il est quand même important de rappeler que c’est un réel problème de santé publique. C’est pour cela que ceux qui ont pris conscience des dangers de telles pratiques se battent bec et ongles pour lutter contre et ne pas faire la promotion de tels produits.

C’est le cas de certaines associations et des personnes qui travaillent sur le Continent africain pour faire de la sensibilisation autour de cette question. A l’instar du Docteur Fatimata Ly, Présidente de l’association internationale d’information sur la dépigmentation artificielle. Sans pour autant parler à la place d’une spécialiste, je vous laisse lire cette interview accordée il y a quelques temps au site Afrik.com.

C’est un contre-pied de certains magazines féminins répandus sur le continent, qui au fil des pages, ne se gênent pas d’étaler les publicités sur des produits éclaircissants, alors qu’ils se présentent comme des canaux d’information et de la promotion des femmes africaines.

Contrairement à ce qu’on peut croire, il n’y a pas que les africaines qui se décapent la peau, on trouve le même phénomène chez les asiatiques, les maghrébines, les afro-américaines et les antillaises.

16 avril 2009

Kitoko ya buffet (la beauté du buffet)

Publié dans Mise à jour tagged , , , , à 23:59 par nmheclosions

C’est une autre manière dans mon environnement de désigner ce qui à l’endroit est tout beau, mais à l’envers cache quelque chose de honteux. Cela faisait allusion à ce meuble que nous avions dans nos maisons. Il était énorme, bien vernis et trônait au milieu du salon, c’était le bijoux de la maison. Lorsqu’on le déplaçait pour nettoyer derrière ou lui changer de place, on se rendait compte que la partie qui touchait le mur n’était pas aussi élaboré que la partie visible de devant. Derrière, il y avait juste une planche en contre-plaqué.


C’est comme cela que l’on considérait aussi ces belles femmes toutes pimpantes qui circulaient dans les rues, impeccables en apparence, mais dont l’intérieur familial était crasseux. Ou encore ces personnes toutes parfaites aux yeux de tous mais qui cachaient un mauvais caractère à l’intérieur d’elles.


Je commence ce partage avec vous en partant d’une évocation plutôt marrante, mais ce que j’ai appris ce soir n’est pas du tout marrant.


J’ai une amie d’enfance qui vient de m’apprendre ce soir que la maison que leur père avait construite il y a des années ; c’est-à-dire leur maison familiale, vient d’être vendue. Cela m’a fait mal et je pense que elle, sa mère, ses frères et soeurs sont encore plus tristes que moi.


Le père est mort il y a quelques temps et leur mère était restée dans la maison. Cependant, peu de temps après les cérémonies du deuil, la famille du père a décidé qu’elle devait quitter cette maison. Elle en a eu marre de se disputer avec sa belle famille et elle est partie ; ses enfants ont trouvé une solution pour la reloger.


La belle famille vient donc de vendre cette maison et ce qui est curieux c’est le fait qu’elle a été vendue avec comme pièce justificative, une simple photocopie du titre de propriété. Ce qui me sidère c’est de constater qu’il y a des personnes qui procèdent à des achats de terrains conscients des conflits qu’il peut y avoir dans les familles à cause des biens immobiliers. Ils ont de l’argent et peut être aussi des protections qui leur permettent de passer outre le fait que cela va faire du mal à des enfants, à une veuve. Ils savent que rien ne leur arrivera même si prochainement, la veuve et ses enfants décident de porter plainte en brandissant le titre de propriété qui est encore en leur possession.


Voilà à quoi ressemble cette belle société que certains vantent et d’autres envient en la présentant comme soudée, protégeant la famille, solidaire en toute situation… C’est cela le kitoko ya buffet. C’est une grande conspiration et une complicité qui tend à devenir nationale, vu que chacun y trouve son compte, à part bien sûr les victimes. Une situation anormale qui commence à prendre des allures de normalité à la grande indifférence de tous.

C’est une vraie honte parce nous foulons au pied ce que nos ancêtres ont mis du temps à construire, cette unité familiale que nul n’avait le droit de casser.

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